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Le Révérend Père Jules-Vincent BOURGEOIS MOINE (1856 - 1915).
31 ans de mission en Cochinchine (1884 - 1915)
Jules-Vincent, fils de Jules-Vincent BOURGEOIS MOINE (menuisier) et de Anne-Delphine BOURGEOIS vint au monde le 5 novembre 1856 à Bellefontaine où ces parents habite depuis 1828.
Sa famille était peu fortunée et comptait parmi les plus ferventes de la Paroisse. Son père était chantre au lutrin depuis l'enfance et sa mère bonne chrétienne lui transmis une éducation profondément religieuse.
Au sortir de l'école primaire où il se fait remarquer pour sa belle intelligence, il se vit obligé de renoncer à ses études pour un défaut de vision menaçant de devenir chronique. Il se mit à travailler bravement au côté de son père menuisier et devint même un excellent ouvrier. Durant ses rares loisirs il pratique la musique au sein de la très chrétienne fanfare de Chapelle des Bois. Il aimait la splendeur des offices religieux et goûtait fort le plain-chant avant de devenir une voix précieuse au sein du chœur paroissial.
Après quelques études de latin auprès du curé Paillard de Bellefontaine, il entre en 1873 au petit séminaire de Nozeroy. Ces années de petit séminaire furent laborieuses et contrariées de violents maux de tête qui le contraignirent plusieurs fois à interrompre le cours de ses études.
En 1876 il entreprends sa philosophie à Notre Dame de Vaux. Le printemps de l'année suivante, il est reçu à la Maison-Carrée des Pères Blanc de Nîmes où il termine ses études philosophiques. Ses deux premières années de Théologie se dérouleront à Oran.
En 1882, il reçut le sous-Diaconat au séminaire de Lons et sentant sa vocation de missionnaire s'affirmer en lui, il quitta le diocèse et rejoignit en Algérie les Pères Blancs de Mgr Lavigerie. Mais il avait compté sans le climat brûlant de l'Afrique et après un an de séjour à la Maison-Carrée, des fièvres continuelles l'obligeaient à reprendre le chemin du pays natal. La santé retrouvée, il regagna immédiatement le grand Séminaire de Lons, où son directeur certain de sa vocation lui conseilla en 1883 d'entrer au séminaire des Missions-Etrangères de Paris. Après de bonnes études théologiques rue du Bac, Jules-Vincent est ordonné prêtre le 6 juillet 1884 et envoyé en Cochinchine occidentale (partie la plus méridionale formant le delta du Mékong, au sud du Viêt Nam et à l'est du Cambodge), le 5 novembre de la même année.
Arrivant à Saigon en 1884, il est nommé professeur de philosophie au séminaire. Il est nommé peu après pour quelques mois vicaire de M. Azéma à Lai-Thiêu. Il se voit confié la paroisse de Thu-Duc et puis celle de Bau-Xan où ses qualités de bâtisseur furent mises en pratique. Il y construisit église et presbytère. Missionnaire agriculteur il développe la culture du riz, creuse les canaux et bâti les ponts nécessaires.
Missionnaire apôtre, soucieux de la vie spirituelle de ses paroissiens et de la bonne marche de l'école, il se plait à rêver de coopératives, mutualités, syndicats dont il aime à parler.
En 1901, profondément anémié, il dut rentrer en France et de 1902 à 1904 se reposa dans sa montagne du Jura.
Il retrouve sa mission en 1904 où l'Evêque lui offre en le comblant de joie, le district de la Plaine des Joncs. Il y avait là un terrain immense à mettre en valeur. La population était bien disposée à recevoir ses enseignements et ses conseils, mais des inondations deux années de suite contraignent les habitants à évacuer sans récolte et poussés par un découragement général. Il rejoint Thu-Duc pour dix ans où il entreprend une plantation d'hévéas.
En 1914, le district de Ben-Tre lui est proposé par Mgr Mossard. Il aimait se tenir à disposition de ses confrères. Bientôt de nombreux catéchumènes affluèrent. Au mois de novembre, épuisé il entre pour deux mois à la clinique du Dr Angier à Saigon. Les soins prodigués à réduire l'anémie ne suffiront pas, le retour en France est décidé.
En mai 1915 il séjourne chez un ami aumônier et en fin de mois rejoint sa famille à Bellefontaine.
Malgré ses efforts à dominer le mal, sa joie de retrouver les siens, le lundi 14 juin 1915 à 7h00, il s'éteignit doucement l'esprit libre et l'âme en paix après avoir tant oeuvré à sa mission.
Ses funérailles furent magnifiques, douze prêtres et toute la population de Bellefontaine célébrèrent le révérend Père Jules-Vincent BOURGEOIS.
Son âme de bâtisseur, Jules-Vincent la mettra également par delà les océans, au service de sa famille de « Sur la Côte des Mandrillons » à Bellefontaine.
Au début du siècle dernier, la ferme Bourgeois sera démontée du fond de la plaine au Guy pour être remontée, pierre à pierre à son emplacement d'aujourd'hui. Il conduira et règlera les travaux à distance par voie de courriers.
En 1902, la famille Bourgeois se compose du père Alphonse BOURGEOIS (1859) marié à Maria MICHEL (1859) née sous la Feuillat, 2 garçons Jules (1886) et Joseph (1891) et de 5 filles les jumelles Marthe et Marie (1889), Germaine (1893), Agnès (1897) et Rose ( (1899).
En 1903 les fondations sur le nouvel emplacement seront préparées et terminées pour l'automne. En 1904, démontage de l'ancien corps de bâtiment par des massons rémunérés à la tâche. Les matériaux seront acheminés à l'aide d'un cheval plus une génisse.
La charpente sera conçue et réalisée par « L'Grand Michel » (Louis Michel) un robuste personnage pittoresque analphabète à l'esprit malin, contrebandier au besoin, pétrit de bon sens manuel et au savoir faire phénoménal.
La charpente sera couverte en tavaillon pour une durée moyenne de 30 ans environ.
Le grenier à foin sera adapté aux nouvelles techniques des déchargeuses avec levage au treuil des charges de foin et chariot de répartition. Conception délicate sachant préserver la robustesse de la charpente pour l'hiver, en aménageant les passages de charges sur chariot.
Les foins de la saison seront rentrés dans la nouvelle ferme pendant les travaux de couverture, ceux-ci prenant fin pour l'entrée de l'hiver.
Jules-Vincent était le frère d'Alphonse, qui lui était le grand-père de Guy Bourgeois et de Julien Béjannin.

Nous connaissons de nos jours sur notre Massif Jurassien, un retour marqué à l'enfermement de nos espaces ouverts par les espaces boisés, ceci malgré une agriculture toujours vivante et très présente en moyenne montagne.
Les modes d'exploitation et de production se sont heureusement considérablement améliorés durant ces dernières décennies réduisant par là même le dégagement paysagé entretenu par nécessité par nos aïeux.
Cet été, nos pâturages du Risoux, la "Loge à Ponard", le Fort des Rousses, le Chalet "Bonnefoy", le "Plan Pichon" et "Chaux Sèche" ont retrouvés une vie pastorale et de transhumance sur les 3 communes, des Rousses, Bois d'Amont et Bellefontaine.
2 troupeaux de 400 têtes chacun,rassemblés sur "Chaux Sèche" du 15 juillet à fin août, conduits par Alain REVIL de Bonnefontaine (39) et Xavier BROQUET de Trélarce (39).
Alain REVIL Berger - Eleveur présent sur l'estive avec pour rôle, faire pâturer sans sur-pâturer dans le soucis de préservation d'une certaine biodiversité sur un territoire classé en "Natura 2000". Travail surveillé par 2 Patoux et 2 Labris (bergers des Pyrénées).
Afin de respecter le travail des éleveurs et la quiétude des troupeaux, merci de ne pas approcher les animaux et de tenir vos chiens en laisse.
Pour protéger leurs troupeaux contre les prédations dues aux loups, chiens, lynx, les bergers de cette zone utilisent des chiens de protection qui ont besoin de vous identifier.
S'ils vous approchent continuez à contourner le troupeau ou arrêtez-vous. Pour votre sécurité adoptez un comportement calme.

Le hameau des Mortes, ainsi nommé à cause des eaux mortes des lacs, est situé au sud du territoire de Chapelle-Des-Bois et confiné à celui de Bellefontaine et de Morbier. A l’extrémité sud-ouest, tout près de la route et presque sur la limite, existe un gouffre profond appelé “l’Entonnoir des Mortes” et où s’engloutit le “prue”... extrait du livre “recherches sur Chapelle-Des-Bois par l’Abbé Bourgeois-Moine” datant de 1894.
La scierie a été ce lieu de rencontre et de travail pour les habitants des deux villages et on saisit son importance pour le hameau dans cet extrait tiré du livre “Jura : grottes, cascades et lacs” de Pierre Delacretaz. Elle fut l’entreprise la plus stable de Chapelle-Des-Bois car elle ne cessa pas de travailler pendant plus de 400 ans en utilisant la force hydraulique. En effet, c’est en 1554 que l’Abbé de St Claude acensa le cours d’eau sortant du lac des Mortes à Claude Brocard de Guerre pour y établir moulin, foule, baptoir ou serre (scierie). Nous savons qu’en 1740, Nicolas Bailly avait 7 scieries ou moulin sur ce ruisseau appelé “Ru”.
C’est à la fin du XIXème siècle que la famille Narcisse Bourgeois s’installa à la scierie, le bâtiment avait alors un seul niveau. Ils la réhaussèrent d’un étage. Le fils, Joseph, reprit la scierie et eut trois fils avec Hélène Thibault de La Chaux-Mourant : Maurice, André et Jean. Toute la famille partit à Besançon en 1932 pour fonder une entreprise de vente de matériaux de construction : “les Chantiers Bourgeois”. C’est cette même année que la famille Bourgeois fit élever par ses ouvriers la croix qui domine le village de Chapelle. Ils en montèrent les différents tronçons avec les chevaux depuis le Pré- Poncet jusqu’à la Roche Champion. Maurice prit la succession de son père pour la direction de la scierie, tandis qu’André assurait celle des Chantiers et Jean le côté administratif des deux établissements.
La machine à vapeur, achetée en Suisse en 1910, permit d’optimiser le travail en palliant le manque d’eau qui se faisait parfois sentir surtout à l’automne. Il est amusant de remarquer que peut-être la limite des départements a aussi empêché une modernisation possible de la scierie, puisque l’électricité est arrivée dans le hameau en 1936 pour les trois maisons côté Bellefontaine et en 1949 pour les trois maisons du côté de Chapelle, dont la scierie.
Jusqu’à la première guerre, les ouvriers travaillaient 12 heures par jour pendant 6 jours. Ils commençaient parfois très jeunes, dès 15 ans(un jeune des Mortes, fils de Jean Bouveret, fut tué par le châssis dans la cave située juste dessous). Ensuite, ce furent des journées de 10 heures, puis après 1945 de 8 heures avec congé le Samedi après-midi. Environ 6 ouvriers travaillaient à la scierie et 2 débardaient en forêt avec les chevaux.
La scierie était vraiment le lien entre les deux villages : 5 ouvriers de Bellefontaine et 2 de Chapelle-Des-Bois y ont effectué une vie entière de travail et de nombreux jeunes y ont trouvé leur premier boulot.
L’usine a fermé le 31 décembre 1987 et a été vendue à Carlo SALVI des Mortes, qui a conservé tout le nécessaire pour continuer le sciage (châssis, scie circulaire et turbines) et même la machine à vapeur pourrait encore fonctionner aujourd’hui.
Le hameau d’un point de vue administratif, se partage entre deux communes et aussi entre deux départements ce qui laisse supposer quelques tracasseries pour les habitants peu nombreux de chaque côté.
Alors, pour toutes sortes d’activités, ses habitants se sont tournés vers le village le plus proche et le plus accessible, pour scolariser par exemple les enfants. Il en est de même pour le travail. Une des exploitations agricoles du hameau a son siège sur Bellefontaine mais toutes ses terres sur le Doubs ( communes de Chapelle et Petite-Chaux pour l’alpage où est conduit le troupeau de chèvres et moutons qui traverse à pied chaque printemps et automne le village de Chapelle). L’autre exploitation est adhérente à la société de fromagerie de Chapelle. La commune de Chapelle déneige la ferme tous les matins pour la livraison du lait à la coopérative et assure ce service pour tout le hameau.
Aujourd’hui, le hameau des Mortes doit montrer qu’il reste une zone d’activités, avec un réel potentiel puisqu’une personne sur deux a moins de 25 ans, qu’il doit être préservé par l’entraide et la concertation entre les deux communes et qu’il n’est pas simplement une jolie zone naturelle. Il faut certes penser à protéger cet environnement mais aussi veiller à ce qu’il reste un milieu vivant.
Edith LEDUC

Avec les souvenirs de Guy Bourgeois, c’est à un retour de 65 ans en arrière que nous vous invitons; vers un temps que les enfants du XXIème siècle ne peuvent guère imaginer. Un temps, une vie, que n’imagine aucunement, non plus, les occupants de certaine ferme “télévisuellle”...
Vers les années 1940 donc, la ferme Bourgeois, sur la Côte, élève une vingtaine de bêtes; la moitié de ce troupeau fournit du lait pour le chalet de Bellefontaine; on ne dit pas alors “fromagerie”, mais”chalet”,”chalet modèle”. Pour transporter la bouille de lait de la ferme au chalet, on la charge sur une charrette tirée à la main, l’été ; l’hiver, c’est un chien attelé à un traîneau qui remplit cet office.
L’hiver est long, les vaches sont nourries de foin récolté l’été bien sûr; mais pour boire, on n’a pas encore installé d’abreuvoirs dans leurs crèches; quel que soit le temps, pluie, neige, bise ou soleil glacé, on les sort pour aller s’abreuver à la source, à quelque 200 mètres de la ferme. Il arrive qu’une bête verse et ne se relève pas; qu’à cela ne tienne: on la traîne par les cornes avec le cheval... Cette manoeuvre élargit le chemin pour la sortie du lendemain !
Pas de chasse-neige communal non plus; les femmes (nombreuses ici !) veulent aller à la messe du dimanche: on fera le chemin avec un plot lui aussi tiré par le cheval.
En plus du travail près des bêtes, les hommes vont au bois, au Risoux. Les saisons sont rudes dans ces années: en 1940-42 ils chaussent les skis pour attaquer les premières coupes. -Pour descendre le bois par la Feuillat, on utilise une lugette (une sorte de petit traîneau) tiré par un boeuf ; on lui accroche un train de bois de 4 à 5 pièces, ceci représente une opération particulièrement dangereuse. A cette époque, la descente du bois du Risoux s’effectue tout l’hiver: la neige favorise ce travail.
Pour terminer ce chapitre de souvenirs, écoutons cette histoire de Noël.
C’est le 24 décembre. La ferme a besoin d’un boeuf( normal, direz-vous, puisque c’est Noël). Guy Bourgeois, 20 ans, et son père, Joseph-le grand Joseph, comme l’appelle tout le village- s’apprête à en faire l’achat. Il ont trait les vaches, pris un copieux casse-croûte; il est 7h30, ils partent pour ce périple de 40 km qui les conduira à Bief-des-Maisons (aux environs des Planches-en-Montagne). Jusqu’à Foncine-le-Bas, par la Norbière, c’est sur le traîneau, tiré par le cheval, que s’effectue la première partie du trajet; là, le cheval est laissé au repos, dans une ferme tenue par des parents ; les hommes continuent à pied, avec leurs chaussures à semelles de bois cloutées.
A Bief-des-Maisons, ils font l’acquisition du boeuf recherché, une bête d’une grande robustesse, valant près de 8000 fr de l’époque. Affaire conclue, payée rubis sur l’ongle, le boeuf prend la route du retour avec Guy et Joseph; pas d’arrêt dans quelque auberge: un peu de pain en poche pour calmer la faim, il faut récupérer le cheval à Foncine et regagner Bellefontaine à la nuit. Hommes et animaux rejoignent la ferme vers 11 heures du soir: ils croisent alors les paroissiens qui vont à la messe de minuit.
A la maison, Marguerite, la mère de Guy, a soigné les bêtes,préparé un repas chaud et consistant pour ses hommes, une bonne soupe épaisse, du cochon du saloir, une saucisse à la cendre. Le boeuf et le cheval seront soignés et réconfortés à leur tour.
Ceci fut une nuit de Noël, un réveillon de l’époque... Demain matin à 6h il faudra retrouver les bêtes.
Ainsi va la vie, celle de gens courageux, animés, oh combien ! par l’amour de leur travail et la chaleur familiale.
Souvenirs recueillis auprès de Guy Bourgeois.

Paul JACQUIN naît à Chapelle-Des-Bois en Avril 1900. Adolescent, il travaille à la forge de Charles PANIER 1er Maréchal de France en venant du Brassus disait-il.
Son père, Paul JACQUIN, du même prénom, était lui-même facteur de son état à Chapelle-Des-Bois dans les années 1900. Un jour sur deux il partait le matin, à la lanterne l’hiver, jusqu’à Morez pour prendre le courrier. Le lendemain il assurait la distribution sur Chapelle et la levée des réponses du matin sur le chemin du retour.
Libéré du Service Militaire, il passe et obtient le concours de Facteur en 1925. Il est alors affecté à la capitale, à Paris où d’ailleurs il ne s’y déplait pas. Quelques années plus-tard, apprenant qu’une place se libère à Bellefontaine, il passe avec succès le concours de Facteur-Receveur et ce fut le retour au “Pays”. Nous sommes alors en 1928 et il ne quittera sa charge au bureau de Poste de Bellefontaine qu’à l’heure de la retraite, en 1960.
La Poste et l’école Primaire à cette époque sont logées dans le bâtiment de la Mairie incendié le 5 Mai 2001. Les locaux de la Poste se composent d’une pièce d’accueil au public, d’une cabine Téléphonique, du bureau du Receveur et d’un logement de fonction.
Le bureau est dirigé en 1930 par Paul JACQUIN, receveur, assisté de Roger JOBEZ pour Bellefontaine et d’Edouard CORDIER pour la distribution de Chapelle-Des-Bois (commune desservie à partir du bureau de Bellefontaine).
Le bureau est ouvert tous les jours matin et après-midi du Lundi au samedi. Offre les services d’affranchissements, mandats, titres de retraites, placements, téléphone et télégraphie. Chaque soir la caisse est soigneusement enregistrée, levée de la “boîte aux Lettres”, traitement du courrier “Départ”, tampon dateur et préparation des cachetés à la cire.
Le bureau fonctionnait également le Dimanche matin pour le téléphone et les télégrammes. Ces derniers pouvant être distribués à la sortie de la messe. Simone GIROD fille d’Arthur portait les dépêches urgentes, décès, naissances.
Le Facteur assure un lien essentiel sur le territoire, messager des bonnes et mauvaises nouvelles. L’uniforme, sombre ou clair selon la saison, képi vissé sur la tête, la pèlerine des jours d’intempéries font de notre colporteur de nouvelles, le personnage attendu de tous les foyers.
Trois Tournées, d’une quinzaine de Km chacune, sont orchestrées chaque jour :
-Bellefontaine distribuée par Paul Jacquin. Sous la Côte, le Village et le secteur Ouest, avec les Chaumelles, en Pichon , en Jean-Pierre jusque chez le Louis Perrad. Durant ce temps la permanence du bureau était assuré par Germaine Jacquin l’épouse de Paul.
-Bellefontaine-Est distribuée par Roger Jobez avec la Chaux Mourant, les Mortes, sur les Lacs et Chapelle le Village. Il aimait à dire à l’heure des catalogues : “la Redoute redoutée des Facteurs”.
-Les Ecarts de Chapelle Des Bois distribués par Edouard Cordier avec le Village,
Quels que soient les caprices du temps: le vent, la pluie, la neige, chaleur de l’été, le Facteur enfile sa sacoche en bandouillère au service de sa clientèle.
Les neiges d’antan, ma “bonne Dame”. c’était quelque chose. Les routes d’hiver n’étaient pas toujours ouvertes comme aujourd’hui. Les skis en bois et cercles remplaçaient le vélo. Certains jours la tournée Bellefontaine / Chapelle devenait une véritable expédition faisant front à la “Bise Noire”, à la neige soufflée en étant lourdement chargé, sans visibilité dans un froid Sibérien. Par un de ces mauvais jours, Roger ne sera de retour à Bellefontaine qu’à la tombée de la nuit. Lorsque le courrier et la masse de colis l’imposait, il n’était pas rare que Georgette (épouse de Roger) monte une partie du courrier en haut du plateau de la Chaux-Mourant permettant de répartir la charge Postale sur le trajet.
Durant la période de guerre de 1940 à 1944 la présence de l’occupant Allemand compliquera davantage la tâche de nos agents postaux. Bellefontaine se trouvait donc en zone occupée et interdite. Le quartier général Allemands s’était installé au Presbytère. La cohabitation fut difficile. Il arriva vers la fin de l’occupation, que le chef Allemand vienne et s’enferme au bureau Postal voir l’avancée des troupes alliées à travers les messages reçus par d’autres bureaux.
Durant la période estivale, la charge se voyait multipliée et due en partie à l’activité touristique croissante de l’Hôtel du Jura (ou dit 1028). Les clients de l’époque venant d’une certaine haute société, Ambassadeurs, Haut-Fonctionnaires ou professions libérales. Ce fut également le début des colonies de vacances à la montagne, au bon air des pâturages d’en haut. La carte postale connaît son heure de gloire et de lien familial.
Une belle histoire d’humanité des Agents Postaux qui relient les Hommes les uns aux autres. Un Messager d’espoirs portant les rêves des uns ou la peine des autres.

La vie à la ferme contée par deux jeunes Bicans en cette période perturbée de conflit mondial :
le Gaby 18 ans des Mandrillons et le Julien 11 ans de chez l’Provost sous la "Feuillat".
Ils sont Amis et Voisins. En ce temps là, le quotidien est rude, l’entraide une obligation et la vie, rythmée par les tâches de l’exploitation familiale.
5h30 - La ferme s’éveille et s’ébroue dans la nuit noire sous le Risoux. Le temps de boire un Jus et il faut déjà regagner l’écurie pour soigner les bêtes.
6h45 - L’heure de porter le lait au chalet et en fonction de la neige, soit à la Bouille à Dos, soit avec le Chien de Traîneau ou le cheval dans les cas extrêmes.
Bellefontaine en cette année là, compte un chalet dit chalet "Modèle", bâti en 1925 par la commune et 3 autres chalets dit Fruitières, servant de dépôts de lait : le chalet des Mandrillons, le chalet chez Morel et le chalet du Palais.
7h30 - On sort le cheval pour préparer le chemin dans la neige et mener boire les bêtes à la source la plus proche.
8h30 - Les bêtes sont préparées pour la journée. On délie et aère le foin pour le soir.
9h00 - La famille se débarbouille et revêt les beaux habits du dimanche pour descendre à la Messe Dominicale.
9h30 - Départ à pied pour la Messe.
10h00 - Messe, on s’installe au Banc avec « genouillon » de la famille loué chaque mois d’octobre pour l’année. Le pain béni est offert chaque dimanche par une famille du village (2 pains), chacune à tour de rôle. Il est coupé par le sacristain et distribué après l’Evangile, le Sermon et le Crédo. Les servants auront droit aux quatre « grognets ». Par tradition, le rôle se transmet au proche voisin par la serviette du pain béni, garnie encore de quelques morceaux.
11h00 - Fin de la Messe, les Femmes remontent en « campainant » par la Chaux-Mourant pour préparer le dîner. Les Hommes se retrouvent au « 1028 » (Hôtel du Jura), Bistrot – Epicerie chez Verguet (brûlé en l’hiver 1972).
Allé VERGUET, une Chopine !...
12h15 - Il faut remonter la Chaux-Mourant.
12h45 - Repas dominical et copieux, Pot au Feu et une Daube (produits du jardin et de la ferme). Fromage de Comté ou Morbier du chalet, en dessert le Papet ou biscuit de Savoie. Un repas Familiale qui comptait beaucoup après une bonne semaine de labeur.
14h00 - Fin du repas, café sans Gentiane , trop cher.
14h30 - On redescend pour les Vêpres et le Chapelet à l’église.
15h00 - Vêpres jusqu’à 15h30.
15h30 - Jeux de Quilles au « 1028 », l’occasion de faire quelques sous à requiller pour les anciens.
16h00 - Retour à la ferme et se rechanger pour les bêtes.
18h00 - Portée du lait à la fruitière des Mandrillons, le bon moment des racontottes, les bonnes ou mauvaises nouvelles du jour, le temps pour le lait de s’écrémer. Les femmes attendent elles, patiemment ou impatiemment, rônaient parfois ou ne disaient rien, mais alors sa ce voyait. La crème des Mandrillons est bien meilleurs au dire du fromager Henri MONDET.
19h30 - Retour des hommes au foyer pour le souper avec les compliments de madame. Parfois celui-ci pouvant se plaindre du manque de compliments, ce à quoi la maîtresse des lieux rétorquait sur le champs : « quand on ne dit rien c’est déjà un compliment ! ».
20h00 - « Soupe aux Baulons » (petits pains faits de farine d’orge et de froment, de sel, de lait, d’eau et de levain). Les fournées de pain avaient lieux une fois par semaine environ. En ce temps nous avions davantage besoin les uns des autres.
21h00 - L’heure du coucher sous la couverture piquée et l’édredon fait maison, au chaud duvet de canards de la ferme. La température du dehors conditionnait le dedans, le moins cinq est courant malgré le fourneau de la cuisine d’à côté, la chaleur de l’écurie et le foin sur le plancher du plafond.
Voilà donc, un dimanche bien employé, la neige et la fatigue aidant, le sommeil pourra alors s’emparer du Gaby et du Julien.